« Une année à Clichy, La ville qui rêvait qu’on l’oublie », Bahar Makool et Joséphine Lebard.

Littérature

clichyCe n’est un secret pour personne, je suis très sensible à tout ce qui traite de la banlieue, et surtout quand c’est de manière positive.

Cela ne signifie pas que j’attends de ceux qui en parlent qu’ils nous dressent un portrait formidable et édulcoré de nos quartiers, mais, simplement, qu’ils nous disent qu’on y vit, qu’on y aime, qu’on y échange et qu’on y lutte – comme c’est le cas partout ailleurs.

Il se trouve que ma sœur a longtemps travaillé à Clichy-sous-Bois. Pendant les émeutes, elle me racontait le quotidien des habitants, leurs colères, leurs angoisses et puis la vie, aussi, qui suivait son cours, envers et contre tout.

Je me souviens de ces longues soirées où nous étions postées devant les chaînes d’information. Elle revenait du « quartier ». En filigrane, comme si elle avait été ma traductrice personnelle, elle décryptait les images, transformait les commentaires, puis, ensemble, nous analysions ces émeutes, rêvions d’un monde plus juste, avions soif d’une véritable justice sociale.

Le 21 octobre, paraîtra chez Stock « Une année à Clichy ». Pendant un an, deux journalistes ont parcouru la ville, ont discuté avec les habitants, ont participé à des ateliers, bref : elles ont un peu infiltré Clichy-sous-Bois.

« À l’aube du dixième anniversaire des “émeutes”, nous décidons de passer une année à Clichy-sous-Bois. De raconter cette ville, ses habitants. D’arpenter ses rues, les allées de sa forêt, de grimper en haut de ses tours aux ascenseurs figés, squatter les banquettes du McDo, traîner du côté des terrains de sport, du hammam, des mosquées, de l’atelier tricot et de la guinguette des pêcheurs. Toutes deux avons grandi dans le 93, un territoire que nous aimons, trop souvent mal raconté, “sensationnalisé”. C’est donc d’ici, en ce beau mais si triste matin d’octobre 2014, où le souvenir de deux adolescents morts pour rien habite les esprits d’une poignée de gens rassemblés devant un collège de Seine-Saint-Denis, que notre drôle d’attelage va se mettre en route. Trentenaires et journalistes, là s’arrêtent nos ressemblances ; pour le reste nous voici, la brune née à Téhéran, fille d’opposants au régime du Shah, qui a grandi à Rosny-sous-Bois, et la blonde au patronyme ne suscitant guère les contrôles d’identité, élevée dans une famille de la bourgeoisie moyenne à Pavillons-sous-Bois. Nous ne savons pas où cette année à Clichy va nous mener. Tout ce que nous savons, c’est que nous avons envie d’y aller. Ensemble. »
En mai dernier, le tribunal correctionnel de Rennes avait relaxé les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger, après le drame qui avait coûté la vie à deux jeunes dans un site EDF à Clichy-sous-Bois en 2005. Cela m’avait inspiré ce texte, dans lequel je m’imaginais dans la peau du père de l’un des jeunes « morts pour rien » :
J’espère que ce beau livre trouvera un lectorat aussi large que métissé, et qu’il suscitera de nombreuses discussions. Pour que, tous ensemble, nous cherchions davantage à comprendre, sinon à entendre, toutes ces voix auxquelles les médias s’intéressent si peu.
Belle lecture.

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